Le PEA (palmitoyléthanolamide) : une proposition utile ! par le Docteur Claire Chauffour-Ader

PEA : une proposition utile, par le Docteur Claire Chauffour-Ader

Responsable de la consultation douleur chronique et des soins de support (Hôpital Joseph Ducuing )

Comme médecin spécialisée dans la prise en charge de la douleur, je me suis intéressée au PEA (palmitoyléthanolamide) de façon un peu fortuite, à la recherche de solutions pour améliorer la condition de personnes en souffrance.

C’est la confrontation aux limites de la pharmacopée antalgique classique qui m’a poussée à chercher des solutions complémentaires. En effet, d’une part la douleur chronique est fréquente et d’autre part, les traitements conventionnels ne sont pas si nombreux. De plus, les patients rapportent des effets secondaires qui limitent les augmentations de doses et ils ne ressentent qu’un soulagement partiel avec ces traitements usuels. Ils sont donc régulièrement en attente de traitements pour améliorer leur condition mais des traitements qui soient sûrs et bien tolérés.

Je me suis donc plongée dans la littérature scientifique sur le sujet avant de proposer du PEA en association avec les autres médicaments de la douleur. Pour que les patients bénéficient d’une approche anti inflammatoire et antalgique différente et sécuritaire.

Les résultats sont là…Il me paraît donc utile de toujours suggérer ce recours. En effet, comment passer à côté d’un complément dont la sécurité d’emploi est totale et dont l’absence d’interaction médicamenteuse facilite l’association avec les traitements habituels ?

Je ne peux donc que le recommander dans toutes les situations où les antalgiques habituels sont insuffisants ou mal tolérés, en complément pendant au moins 2 mois à la dose recommandée par la littérature soit 3 capsules de 400mg par jour au moment des repas, soit 1200mg par jour au total. Il faut répartir les prises trois fois par jour car la durée de vie du produit une fois ingéré est brève.

Un peu d’histoire sur le PEA

Si le palmitoyléthanolamide (PEA), découvert depuis plus de 50 ans, fait l’objet d’un regain d’intérêt, c’est en raison de la compréhension relativement récente de son mode d’action. Lipide naturellement présent dans l’organisme, généré à partir des membranes cellulaires, il joue un rôle complexe dans la modulation de la douleur et de l’inflammation. C’est une observation clinique, datant des années 40 qui a progressivement conduit à son identification : le DR Coburn avait remarqué que l’administration plusieurs fois par jour de poudre de jaune d’œuf séché à de jeunes patients pauvres infectés par le streptocoque prévenait la survenue de poussées de rhumatisme inflammatoire. Ce n’est qu’à la fin des années 50 que le PEA a été identifié comme tel à partir de travaux sur le jaune d’œuf, la lécithine de soja et la farine de cacahuètes puis identifié chez les mammifères un peu plus tard en 1964.

De nombreuses études cliniques ont été réalisées, notamment en Tchécoslovaquie. Mais les difficultés à comprendre son mode d’action ont mis un terme à l’engouement initial pour une vingtaine d’années, jusque dans les années 90. Le temps de découvrir un autre acide gras, l’Anandamide, un endocannabinoïde… et de réveiller l’intérêt que le PEA, un cousin, avait initialement suscité. Le PEA, continue à être utilisé dans la recherche (parfois sous le nom d’Impulsin), en particulier comme anti-viral dans les infections respiratoires et leurs complications, notamment dans la grippe. Le Dr Rita Levi-Montalcini, neurologue, prix Nobel de médecine, a largement contribué à la connaissance des effets anti-inflammatoires et antalgiques du PEA, en décrivant un mécanisme d’action original appelé ALIA (Autacoïd Local Injury, Antagonism). Qualifié aujourd’hui de produit neutraceutique endocannabinoïde-like son mode d’action rend compte de la mutliplicité de ses propriétés. Outre ses effets anti-inflammatoires et antalgiques, d’autres effets pharmacologiques du PEA ont pu être identifiés : anti allergique, protecteur neuronal, anti épileptique, anti-dépresseur, ralentisseur de la motricité digestive, inhibiteur de la prolifération cellulaire cancéreuse, protecteur de l’endothélium vasculaire cardiaque dans l’ischémie… Son intérêt dans le traitement des douleurs neuropathiques, généralement très difficiles à soulager, est de plus en plus étudié. Ces douleurs neuropathiques sont celles que l’on retrouve en particulier dans le diabète, les hernies discales avec sciatique, le zona, l’herpès, les complications neurologiques de certaines chimiothérapies… De même, il peut participer au soulagement de douleurs pelviennes, notamment celles liées à l’endométriose, dont le traitement demeure encore imparfait. Le PEA ou palmitoyléthanolamide peut être un des composants d’une « approche thérapeutique multimodale », c’est-à-dire combinant plusieurs traitements (médicamenteux et/ou non médicamenteux) ou peut être utilisé seul.

De multiples travaux de recherche sont actuellement en cours sur cette molécule.

L’absence de toxicité et l’absence d’interactions médicamenteuses font du PEA un complément sûr, adapté à toutes les conditions. Particulièrement dans toutes les situations d’inflammations et de douleurs chronique. Les meilleurs résultats sont obtenus avec une prise régulière pendant au minimum 1 mois ou plus d’une capsule de 400mg au cours d’un repas et ce trois fois par jour soit 1200mg par jour. Une cure de PEA de 4 mois avec 1200mg par jour (3 capsules) pendant les 2 premiers mois, puis 800mg par jour (2 capsules) le troisième et enfin 400mg par jour le quatrième mois, permet de bien évaluer la réceptivité du sujet sur cette molécule.

Docteur Claire Chauffour-Ader

Responsable de la consultation douleur chronique  et des soins de support (Hôpital Joseph Ducuing )